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Sud-Kivu: Alerte! L’avortement provoqué à l’aide de plantes médicinales peut tuer…

Le recours par les filles et jeunes femmes aux techniques traditionnelles d’avortement à l’aide de plantes médicinales peut tuer. Dans la chefferie de Kaziba en territoire de Walungu où SOFEDI s’est rendu tout récemment, ce phénomène n’est pas rare. Le dernier cas en date remonte au 25 octobre. D’après notre source, il s’agissait d’une jeune femme de 19 ans qui serait retrouvé grosse à la suite d’un viol collectif.
<< C’est faute de moyens qu’elle ne s’est pas rendue dans un établissement sanitaire approprié. Et afin d’éviter de perdre l’estime de son entourage pour avoir été violée… >> nous a indiqué, Fabien NYAKASANE, un acteur de la société civile locale qui nous a relaté l’histoire. 

 << C’est arrivé en début du mois de juillet, un soir, alors qu’elle rentrait du marché. La jeune femme âgée de 19 ans s’est faite violée par 6 jeunes malfrats. Elle s’est retrouvée enceinte peu de temps après. Ne supportant pas l’idée d’être grossesse, elle a préféré avorter clandestinement. Pour dégager le fœtus, elle a eu recours à des plantes médicinales qu’elle doit s’être procuré chez un tradipraticien. Les choses ont mal tourné, elle est morte. Quel dommage ! >> 

Toujours d’après les témoignages recueillis, il a été constaté que pour avorter de plus en plus de filles et jeunes femmes font de l'automédication et ont recours aux herbes médicinales ou divers produits de tout genre. Elles mettent en jeu leur vie avec des produits dont ni l’efficacité ni la dangerosité n’ont jamais été contrôlées. Malheureusement, cette pratique ne se limite pas qu’à la chefferie de Kaziba. 

Dans le chef-lieu du Sud-Kivu où SOFEDI s’est rendu ensuite, à savoir la ville de Bukavu, cette triste réalité existe aussi. Pour en avoir le cœur net, SOFEDI a interrogé Mr MUSHAGALUSA Huguens, l’infirmier titulaire du centre médical NEEMA, à CIDASA, en commune d’Ibanda. Ce dernier a affirmé que, très souvent, les filles et jeunes femmes lorsqu’elles ont une grossesse non-désirée essaient d’y mettre fin par leurs propres moyens. 

 << Beaucoup d’entre elles prennent des tas de plantes médicinales ou de produits divers qui finissent par aggraver leur condition. Et ce n’est que quand les résultats sont déjà désastreux qu’elles acceptent finalement de se tourner vers nous. Nous soignons généralement des saignements abondants,  avec des restes placentaires, qu’elles ont été incapables de maîtriser... La plupart du temps, elles ne savent pas même pas qu’il existe des structures sanitaires pouvant les prendre en charge. Et qu’il n’est plus nécessaire de nos jours de recourir à ces plantes médicinales auprès des tradipraticiens et de charlatans… >> 

 << Notre structure sanitaire, par exemple, peut correctement les prendre en charge >>, enchaîne, MUSHAGALUSA, notre prestataire de soins de santé. << Nous avons un paquet complet de soins post-avortement pour celles qui en ont besoin. Au centre médical NEEMA, nous corrigeons les chocs hémorragiques et administrons des antibiotiques. Nombreuses sont les filles et jeunes femmes qui attrapent des infections dans leurs tentatives d’interrompre leur grossesse seules ou chez des charlatans. >> 

 << Tout le monde peut avoir accès à ces soins dans notre centre. Sans discrimination aucune. Malheureusement, la plupart des filles et jeunes femmes qui avortent le font clandestinement. Elles pensent que parce qu'elles n’ont pas d’argent, elles ne peuvent pas être prises en charge. Qu’elles viennent d’abord à nous puisque la santé n’a pas de prix >>.

<< Les patientes qui viennent chez nous sont en général en situation précaire financièrement. C’est pourquoi nous nous efforcons d’avoir des coûts abordables pour toutes celles qui sollicitent les soins post-avortement. Je recommande donc aux filles et jeunes femmes de notre communauté de ne pas se replier sur elles-mêmes dans ce genre de cas mais de directement venir vers nous. >> 

Enfin, pour commenter le fait divers de la jeune femme de 19 ans victime d’un viol collectif dans la chefferie Kaziba, MUSHAGALUSA ajoute : << Notre structure sanitaire donne l’accès aux soins qui s’ensuivent gratuitement conformément à l’esprit de l’article 14 du protocole de MAPUTO >> Pour rappel, cet article dispose que la femme a droit à l’avortement sécurisé en cas de viol, d’agression sexuelle, d’inceste ou quand la grossesse met en péril sa santé physique ou mentale, sa vie ou celle du fœtus . 

Espérons que le message de MUSHAGALUSA sera entendu dans le chef-lieu de la ville de Bukavu et dans la chefferie de Kaziba. Et que les filles et jeunes femmes de nos communautés respectives se tourneront vers les structures habilités pour suivre les soins post-avortement quand le probème se posera... . 

La rédaction        

Publié le 22/12/2021   18h30 PM        Modifié le 23/12/2021 03h32 AM
Article produit dans le cadre du projet ‘’Amélioration de l’accès aux soins post-avortement et la consolidation de la coalition 14’’ mis en œuvre par SOFEDI (Solidarité des Femmes pour le Développement Intégral)          

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